Focus sur la situation en Ukraine

« La Guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens »
Carl Von Clausewitz

 

La crise Ukrainienne semble en passe d’atteindre son paroxysme, alors que le pays se trouve engagé contre son gré par son voisin russe dans un bras de fer stratégique et militaire impitoyable.

AFP

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Du côté des structures internationales, l’ONU se cantonne à des déclarations inquiètes, l’OTAN quant à elle condamne « l’escalade militaire »et appelle la Russie à la raison, prônant le caractère sacré des valeurs démocratiques et du Droit[1]. L’Union européenne temporise de son côté les velléités occidentalistes de Kiev. Enfin, les Etats-Unis se limitent pour l’instant à l’utilisation des rouages de la diplomatie, ainsi qu’à des  discours de mise en garde, de même que les autres Etats du G7 dont les postures pusillanimes ne sauraient suffire à changer la situation.

 L’Ukraine, considérant que la situation est « au bord du désastre », condamne ce qu’elle qualifie d’agression et place ses troupes en état d’alerte maximum[2] (passant notamment par la mobilisation de sa réserve). Son armée doit pourtant faire face à un certain nombre de défections d’éléments pro-Russes, notamment à haut niveau de la chaîne de commandement[3].

De son côté, Moscou pousse une à une les pièces de l’échiquier. Même si la chambre haute de la fédération a donné formellement à Vladimir Poutine l’autorisation d’utiliser la force armée en Ukraine[4], les forces russes étaient déjà largement prépositionnées dans les endroits stratégiques de Crimée (la flotte de la mer noire, basée à Sébastopol, ainsi que les aéroports pris par la 76° division d’assaut aéroportée de la Garde[5], éléments indispensables pour tout mouvement massif de troupes et de matériel par les airs). Le message envoyé par le Kremlin semble donc assez clair, rien n’arrêtera un mouvement massif de troupes si celui-ci est jugé nécessaire. Tous les éléments pour son accomplissement sont en place.

 Quelles hypothèses peut-on alors tirer de ces diverses observations :

  • 1 → Une intervention des troupes de l’OTAN en Ukraine: hypothèse qui semble pour le moment difficilement envisageable L’OTAN réclame certes l’envoi d’observateurs sur place (malgré l’échec essuyé en la matière par l’ONU[6]) mais n’évoque pas l’éventualité d’un déploiement militaire à proprement parler.
  • 2 → Un statu quo : la Russie se limiterait ici à une démonstration de force, sans que cela débouche sur de réels affrontements entre les protagonistes, la Crimée trouverait un régime de pseudo autonomie semblable à celui adopté par l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie en 2008, et deviendrait une autre arrière-cour de Moscou.
  • 3 → Des affrontements de moyenne ampleur : hypothèse selon laquelle l’Ukraine chercherait à regagner son autorité sur la Crimée. Elle se heurterait d’une part aux troupes russes, et d’autre part à une population hostile qui verrait une action militaire de ce genre comme un acte de domination totalitariste. L’issue d’un affrontement de ce type dépendrait en grande partie de l’ampleur de l’investissement militaire fourni par Moscou. On pourrait là encore envisager un scénario d’autonomie autoproclamée sous l’égide de la Russie concernant la Crimée.
  • 4 → La guerre totale : schéma dans lequel l’affrontement entre les deux pays prendrait la forme d’une guerre interétatique au sens juridique du terme[7]. Un tel scénario impliquerait que les troupes russes ne se limitent pas à l’occupation défensive de la Crimée, mais fassent mouvement sur le reste du territoire ukrainien dans le but d’obtenir une victoire militaire complète[8] et une soumission de l’Ukraine par la force.

Pour le moment, et pour reprendre la terminologie de la Maison Blanche, aucune ligne rouge n’a été franchie de manière définitive, et il n’est pas trop tard pour qu’une solution autre que l’emploi de la force soit dégagée. Cela impliquerait toutefois de prendre en compte l’étendue de la détermination de Vladimir Poutine, laquelle ne saurait ployer sous le poids de simples discours et autres déclarations pleine d’emphase, afin d’y apporter une réponse adaptée, ferme, et collective. L’alternative n’est rien de moins que de prendre le risque d’observer sous nos yeux la dislocation de l’Ukraine, le piétinement, une fois de plus, du Droit International, et l’acceptation tacite d’une forme d’impunité quant au recours unilatéral à la force. Et à ce moment-là, les sermons et autres grandes leçons de démocratie risquent fort de sonner bien creux face au poids des faits.

 Charles Brozille


[2]  Oleg Boldyrev, Ukraine orders full military mobilisation over Russia moves, BBC news, 2 March 2014

[3]  Bridget Kendall, New head of Ukraine’s navy defects in Crimea, BBC News, 2 March 2014

[4]         – ЗАЯВЛЕНИЕ СОВЕТА ПАЛАТЫ СОВЕТА ФЕДЕРАЦИИ В СВЯЗИ С РАЗВИТИЕМ СИТУАЦИИ НА УКРАИНЕ (DÉCLARATION DU CONSEIL DE LA FÉDÉRATION DU CONSEIL DE CHAMBRE DANS LE CADRE DE L’EVOLUTION DE LA SITUATION EN UKRAINE) 1er Mars 2014

[6]  – Alexandre Geneste, «Ukraine : l’aveu d’impuissance des Nations-unies », Le Monde 1er Mars 2014

[7]  – Article 2 de la Convention de Genève de 1949 : «  la présente Convention s’appliquera en cas de guerre déclarée ou de tout autre conflit armé surgissant entre deux ou plusieurs des Hautes Parties contractantes, même si l’état de guerre n’est pas reconnu par l’une d’elles. La Convention s’appliquera également dans tous les cas d’occupation de tout ou partie du territoire d’une Haute Partie contractante, même si cette occupation ne rencontre aucune résistance militaire.»

[8]  – Alexander J Motyl, « How far will Putin go ? », Foreign policy, 1 March 2014

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